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LA BALEINE et le PAPILLON

ou

« comment réveiller l'Eglise de Jésus Christ»?

Par Jacques Noyer, évêque retraité d'Amiens, dans "Témoignage Chrétien" de septembre 2008

 

Je ne demande pas qu'on change l'Eglise. Je demande qu'elle soit vivante. Je réclame qu'elle reste fidèle à sa mission, qu'elle porte la parole du Christ à nos contemporains, qu'elle témoigne du monde renouvelé par' l'Esprit. Il ne s'agit pas de la conserver comme un trésor au risque d'en faire un conservatoire des mœurs d'antan. Il ne s'agit pas de la rafistoler par quelques astuces pour qu'elle survive un hiver ou deux de plus. Il s'agit qu'elle trouve les gestes et les mots qui diront Dieu au monde d'aujourd'hui.

 

Elle est mon Eglise et il n'est pas question de me désolidariser d'elle. J'assume son histoire avec fierté souvent, avec honte parfois, avec résignation toujours. Je prends tout en elle, le meilleur et le pire, les croisades et les conciles, Alexandre VI et Jean-Paul II, la Cour de Rome et les saints. Je crois que cette histoire d'hommes avec ses héros et ses lâches, ses audaces et ses calculs, n'est sainte que par l'Evangile qu'elle porte.

 

Je lui demande seulement de rester dans l'histoire sans se figer dans l'éternel. Je lui demande de ne pas sacraliser son passé au point d'être indisponible au présent. Je l'implore de renoncer aux réussites mondaines et aux vaines richesses pour ne pas «contrister» l'Esprit qui l'appelle.

 

J'aimerais qu'elle se rende compte qu'il lui faut changer par ce que le monde qui est le champ de sa mission change. Il me plairait qu’elle reconnaisse le travail de l'Esprit mieux que les traces du démon. Les nouveautés ne sont pas forcément des valeurs qui se perdent mais souvent aussi des « signes des temps », prémices du Royaume. Il faut qu'elle ouvre les portes de l'espérance au lieu de cultiver les archives de la nostalgie.

 

Elle a inventé l'école pour tous. Elle a appris aux hommes à lire et à écrire. Elle a voulu que l'homme grandisse mais elle s'affole aujourd'hui parce que son discours ne passe plus. Son « catéchisme» peut être aussi riche et cohérent que possible mais des hommes adultes n'attendent plus un Catéchisme. Ils souhaitent qu'on écoute leurs questions avant de leur donner des réponses. Ils préfèrent dialoguer avec Dieu plutôt qu'on leur parle de Lui.

 

Elle a dénoncé les mariages d'intérêts, les unions arrangées par les parents. Elle a défendu la liberté des époux et promu l’amour au cœur du couple. Mais elle est toute surprise aujourd'hui qu'on n'accepte plus la triste fidélité hypocrite. d'autrefois. La Bible nous parle pourtant d'une alliance d'amour en permanence trahie et en permanence renouvelée.

 

Elle a voulu l'éducation des filles. Elle les a encouragée à prendre leurs responsabilités Elle se réjouit de les voir accéder à une vocation personnelle. Elle sait la place qu'elles tiennent concrètement dans la vie. quotidienne des communautés, Mais la voilà toute perdue parce que les femmes acceptent mal qu'on leur refuse, dans la vie de l'Eglise, les responsabilités de direction.

Elle a développé un discours sur la sexualité, la chasteté, le célibat, la virginité, moins à partir de la tradition biblique qu'à travers une philosophie néoplatonicienne et une anthropologie naïve. Elle s'étonne que le monde d'aujourd'hui comprenne mal son propos et peine à retrouver un Dieu qui a pris corps et qui a donné Son corps pour le salut du monde.

 

La Pentecôte rassemble la diversité des peuples dans un même Esprit. L'Eglise et l'église catholique en particulier a tout fait pour pacifier les frontières et encourager les échanges. Elle ne saurait se contenter d'inviter les nations riches à reconnaître leurs racines chrétiennes en ignorant le brassage de populations, contrôlé ou pas, qui bouscule les états, les consciences et les nations.

 

De tout temps la grandeur de l'Eglise a été de prendre le parti des pauvres. Même quand elle ne savait pas apporter la justice elle consolait par sa charité. Aujourd'hui encore des chrétiens sont présents dans la recherche d'une politique plus juste et dans les urgences caritatives. C'est là qu'on comprend le Christ. C'est là qu'on attend ses disciples. Mais les media s'amusent à ne voir l'Eglise qu'à travers un pontife jouant au dernier monarque absolu, dans un cérémonial d'un autre âge, loin des problèmes de fins de mois de ses auditeurs.

 

Un cri comme celui-ci vers qui le faire entendre? Une prière comme celle-ci vers quel saint l'adresser? A quelle adresse poster ce courrier'? Y a-t-il une chance de changer quelque chose? La lourdeur de l'administration vaticane - ce n'est pas un mammouth mais une énorme baleine échouée sur le sable - donne l'impression que rien ne peut la réveiller. Mes mots ne feront pas plus de bruit que l'aile d'un papillon sur le dos du cétacé. Mais, après tout, on sait qu'un vol de papillon dans l'hémisphère sud peut engendrer une tempête dans l'hémisphère nord. Et puis il y a beaucoup de papillons. Et puis dans le vent qu'ils font souffle aussi l'Esprit. Pourquoi ne seraient ils pas capables de réveiller la baleine: une grande marée et un petit ouragan et la voilà remise à l'eau, légère et vivante!

 

 

TOI, mon ÉGLISE...

Toi, mon Église, à l'heure où tu écris une nouvelle page de ta sainte histoire , permets moi de t'adresser fraternellement mes voeux.

Toi, mon Église, commence - comme le fit Salomon au début de son règne - par demander à ton Seigneur « un cœur qui écoute ». Oui, sois d'abord une Église qui écoute, qui sait se taire pour entendre les appels du monde. Non pas une Église qui affirme « d'en haut », mais une Église à hauteur d'homme...

Toi, mon Église, poursuis sans relâche ton combat pour la justice. Sois compromise dans les révoltes des pauvres, des exploités, des emprisonnés, des torturé ... Toujours prompte, sous toutes les latitudes, à faire tomber les murs des idéologies assassines et des économies meurtrières.

Toi, mon Église, continue de vivre de « l'esprit d'Assise », la main et le cœur tendus vers toutes les religions et grandes sagesses du monde. Hâte la marche vers la réconciliation des confessions chrétiennes. Entends la faim des disciples du Christ qui attendent de pouvoir enfin partager, à la même table, le pain de l'Espérance.

Toi,, mon Église, donne aux hommes et aux femmes qui se lancent dans la belle aventure de l'amour un visage de compassion et de tendresse. Aime les couples qui s'aiment, comme ils s'aiment. Sois proche de ceux qui se déchirent, ne condamne pas ceux qui n'arrivent plus à s'aimer, ne les tiens pas à l'écart de ton pardon et cherche avec eux un chemin de retour vers ton Eucharistie.

Toi, mon Église, réaffirme sans faillir tes grandes valeurs morales, mais ose faire davantage confiance à la conscience des hommes et des femmes lorsqu'il s'agit de s'ouvrir à la vie, de se préserver des risques de maladie, de maîtriser sa fécondité et de s'aimer, corps et âme...

Toi, mon Église, donne-toi la grâce de mieux accueillir les femmes. Invite-les à te révéler les richesses d'une spiritualité au féminin, ne crains pas de leur ouvrir davantage les portes de tes lieux de discernement, cherche, avec elles, la voie de ministères nouveaux (ose, par exemple conjuguer le diaconat au féminin), libère-toi d'une conception trop masculine du pouvoir et de la hiérarchie. Que les femmes, « sentinelles de l'invisible », cessent de n'être, si souvent, en ton sein, que d'invisibles sentinelles...

Toi, mon Église, ne te laisse pas aller au pessimisme face à la « crise des vocations ». Continue de te faire appelante mais ose aussi imaginer une autre manière de vivre le ministère de prêtre. Continue d'affirmer la belle valeur spirituelle du célibat, mais cesse de l'imposer à tous ceux qui, un jour, ont entendu l'appel à te servir. Vois dans la diversité des états de vie non pas un risque mais une richesse.

Toi, mon Église, regarde la générosité du « peuple de Dieu ». Continue d'accorder ta confiance à ces hommes et ces femmes qui, à ton appel, n'ont pas hésité à se former pour annoncer ton Évangile. Risque-toi davantage sur les chemins de la collégialité, de la subsidiarité, de la confiance, d'un franc partenariat entre clercs et laïcs. Ne te racornis pas dans un centralisme et un cléricalisme d'un autre âge...

Toi, mon Église, ne te retranche pas derrière tes murs face à une « modernité » qui te fait peur. Ose un regard de compréhension sur des cultures, des modes de vie, des idées qui, parfois, te désarçonnen. Ne vois pas le « péché » là où, bien souvent, il n'y a que différence... Combats résolument les égarements de ce temps, mais aime et sois contemporaine de ce monde vers lequel le Christ t'envoie.

Toi, notre Église, rappelle-nous surtout que ton avenir et ton visage dépendent aussi de chacune et chacun d'entre nous. L'Esprit ne nous invite pas à « rêver » une Église conforme à nos désirs, mais, là où nous sommes - dans une fidélité confiante qui ne craint ni la liberté de parole, ni la juste confrontation des idées - à nous faire, guidés par son Souffle, les humbles bâtisseurs du Royaume... je suis, tu es, vous êtes, nous sommes l'Église ! •

 

Bertrand RÉVILLION,

Directeur du mensuel PANORAMA, Bayard Presse

Éditorial du numéro de juin 2005

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Le PAPE FRANÇOIS décrit l'Evêque dont chaque Eglise diocésaine a BESOIN

LE PAPE DÉCRIT CE QUE DOIT ÊTRE LE PROFIL D'UN ÉVÊQUE
(21 juin 2013)


Pour aider les nonces dans leur "professionnalisme", François a dicté quelques directives concrètes concernant l'une de leur principale mission envers le Pape, leur "collaboration aux décisions concernant les évêques".

Il leur donne ainsi les caractéristiques que les nonces sont invités à rechercher chez les futurs évêques :

- ils doivent être "pasteurs proches des gens" ; 
- ils doivent être "doux, patients et miséricordieux" ;
- ils doivent aimer "la pauvreté, aussi bien intérieure comme liberté pour le Seigneur qu’extérieure comme simplicité et austérité de vie" et ne doivent donc pas avoir "une psychologie de 'princes'" ;
- ils ne doivent pas être "ambitieux" et ne doivent pas "rechercher l’épiscopat"; 
- ils doivent être "les époux d’une Église et ne pas être constamment à la recherche d’une autre Église".


Pour ce qui est de ce dernier point, la référence semble être ce qu’avaient dit en 1999 les cardinaux Bernardin Gantin et Joseph Ratzinger contre les promotions successives conduisant d’un diocèse mineur à un autre plus important .

Improvisant, le Pape avait ajouté : [Si] c’est un grand théologien, une grande intelligence, qu’il aille à l’université, où il fera beaucoup de bien !"

" Des pasteurs proches des gens", a répété le Pape, des pasteurs qui "soient capables de surveiller le troupeau qui leur sera confié, c’est-à-dire d’avoir soin de tout ce qui le maintient uni ; de 'veiller' sur lui, d’être attentifs aux dangers qui le menacent ; mais qui, surtout, soient capables de 'veiller' pour le troupeau, d’assurer une veille, de cultiver l’espérance, afin qu’il y ait du soleil et de la lumière dans les cœurs, de soutenir avec amour et patience les projets que Dieu met en œuvre dans son peuple".