MARIAGE et MINSTÈRE PRESBYTÉRAL sont-ils INCOMPATIBLES ?

 

Non, répondent la tradition constante des Eglises orthodoxes et la pratique de l’Église anglicane, des Églises protestantes et des Églises évangéliques.

Oui, répond l’Église latine, romaine, depuis un bon nombre de siècles.

 

Que disent les textes bibliques?

 

- Dès les premières pages de la Bible, le livre de la Genèse présente l’humain créé “ à l’image de Dieu”, “mâle et femelle”, avec mission d’assurer la transmission de la vie (Gen 1.26-27). Il affirme que la relation amoureuse homme-femme fut inventée par Dieu et qu’elle permet au masculin et au féminin de constuire une communion humaine unique et durable (Gen 2, 22-25). Le même texte montre d’abord le Créateur inquiet devant un humain solitaire: “Il n’est pas bon que l’humain soit seul; je vais lui faire une aide qui sera son vis-à-vis” (Gn 2.18).

(Lire des commentaires sur ces passages de la Genèse: de Benoît XVI, de Marie-Jo Thiel, Marie Balmary et de Véronique Margron à la page consacrée aux Femmes dans ce site)

 

- La vie “à deux”, unis par l’amour, constitue la route existentielle largement majoritaire. Elle est perturbée par la polygamie.pendant des siècles.

 

- L’Ancien Testament lie fortement mariage et sacerdoce. Tout prêtre doit être fils de prêtre, descendant de la famille d’Aaron, le frère de Moïse. Sans prêtres mariés, pas de prêtres pour le culte !

 

- Jésus de Nazareth, questionné au sujet de la répudiation des épouses par leurs maris, renvoie clairement aux intentions du Créateur sur le mariage (textes de la Genèse cités plus haut) et désapprouve la répudiation (sauf dans les cas où il n’y aurait pas eu de vrai mariage selon Dieu à l’origine du couple). C’est en raison de la dureté du coeur que certains hommes en viennent à répudier leur épouse, affirme Jésus.(Matthieu, 19, 1 à 12)

 

- Jésus choisit ses Apôtres parmi des couples mariés, Simon-Pierre notamment, dont il guérit la belle-mère (Luc 4, 38-39).

 

- Lorsque Paul parle des qualités que doivent posséder les “anciens”, les “épiscopes”, les “diacres”, il ne mentionne nullement le célibat comme condition d’appel à ces ministères. Il précise seulement que le ministre auquel on impose les mains doit être “l’homme d’une seule femme”, ce qui signifie au minimum qu’il soit monogame et, probablement, qu’il demeure fidèle à un unique amour féminin s’il devient veuf. ( 1 Tim. 3. 1 à 14; Tite 1.5-10)

 

Les enseignements de l’histoire

 

Pendant un certain nombre de siècles, les “prêtres” sont choisis parmi des gens mariés, ayant bien vécu le mariage et l’éducation. Les Églises chrétiennes d’Orient et d’Occident conservent la pratique du Christ et celle dont Paul fait état.

En Occident, progressivement, des synodes d’Espagne et de France, vont conseiller la “continence” (absence de relations sexuelles) aux ministres ordonnés mariés.Une préférence s’installe dans l’Église latine occidentale au cours des dix premiers siècles : réserver l’ordination aux célibataires.

L’Église d’Orient ne suit pas cette voie: elle demande à ceux qui veulent être ordonnés de se marier avant l’ordination. Il en est toujours ainsi chez les Orthodoxes.

 

Malgré cette préférence de l’Occident pour le célibat des prêtres, des hommes , devenus prêtres de l’Église latine (séparée de l’Orient à partir de 1054) , décident de se marier “religieusement”. Leur mariage est reconnu valide. Pour en finir avec cette situation, le deuxième Concile du Latran, tenu en 1139 à Rome, décide que ces unions de prêtres ne seront plus considérées comme de vrais mariages. Le Concile les invalide pour mieux les empêcher: “Afin que la loi de continence...s’étende ...nous statuons que les évêques, les prêtres, les diacres, les sous-diacres...qui auraient osé...s’unir à une épouse soient séparés de celle-ci. En effet, nous décrétons qu’une telle union , dont il est évident qu’elle a été contractée à l’encontre de la règle de l’Église, n’est pas un mariage” (Latran II, canon 7)(voir la note en bas de ce texte )

- En 1563, le Concile de Trente réaffirme la même discipline: “ Si quelqu’un dit que les clercs qui ont reçu les ordres sacrés...peuvent contracter mariage, qu’un tel mariage est valide, malgré la loi de l’Eglise, et qu’affirmer le contraire n’est rien d’autre que condamner le mariage...qu’il soit anathème” (canon 9 de la XXIVe session).

- Et le même Concile de Trente ajoute: “Si quelqu’un dit que l’état de mariage doit être placé au-dessus de l’état de virginité ou de célibat et qu’il n’est ni mieux ni plus heureux de rester dans la virginité ou le célibat que de contracter mariage; qu’il soit anathème”. (canon 10, même session)

 

- Le célibat imposé aux prêtres est devenu ainsi une règle disciplinaire, toujours en vigueur dans l’Église romaine ( à la différence de toutes les autres Églises chrétiennes).

-Le célibat imposé aux prêtres n’est pas un voeu, mais un engagement accepté par celui qui veut être ordonné. Décider de se marier par la suite entraîne la cessation de l’exercice du ministère. Impossible d’exercer le ministère presbytéral tout en vivant un mariage sacramentel. Les deux ne sont pas déclarés théologiquement incompatibles, certes: il s’agit d’une règle disciplinaire imposée par l’Église romaine à ceux qu’elle ordonne prêtres.

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- Toutefois, dans un certain nombre de cas , depuis des années, des prêtres qui s’étaient mariés ont été autorisés par Rome à exercer leur ministère. Une discrétion proche du secret empêche souvent de connaître ces cas et de prendre la mesure de ces situations particulières autorisées.On sait également que des pasteurs des Eglises anglicanes ou protestantes ayant choisi de devenir “catholiques” ont été ordonnés prêtres tout en vivant avec leur épouse.

 

- Aujourd’hui, beaucoup de catholiques pensent qu’on devrait remettre à l’étude la discipline de l’Église romaine. En France, fin 2006, une enquête affirme que 81% des catholiques sont favorables au “mariage des prêtres” (A proprement parler, cette expression couvrirait la possibilité pour un prêtre de se marier après avoir été ordonné- et non pas seulement avant l’ordination, comme le fait l’Orthodoxie). De nombreux synodes diocésains catholiques ont présenté des motions en faveur d’une possibilité d’ordonner prêtres des hommes mariés, comme il en va pour les diacres catholiques depuis le concile Vatican.

 

- L’amour humain vécu dans le mariage selon les intentions de Dieu depuis le début de l’histoire humaine étant une réalité spirituelle et religieuse indiscutable, une bonne partie de l’Humanité a besoin du témoignage de couples chrétiens pour restaurer le sens du mariage selon Dieu.

 

- Le retour à la pratique des premiers temps du Christianisme serait bénéfique et pourrait être recommandé afin de montrer l’importance structurante du mariage (selon la Bible) pour les sociétés civiles , pour les religions et pour les églises.

 

- La vie en couple chrétien permettrait à l’homme-prêtre d’avoir un “vis-à-vis” capable de briser les mauvaises solitudes du célibataire, de contester ses éventuelles intransigeances ou sa tendance à un certain autoritarisme clérical, d’aider la pastorale à intégrer les richesses spirituelles apportées par les femmes, d’éviter certains “départs de prêtres” abandonnant le ministère lorsqu’ils découvrent la grandeur de l’amour chrétien.

 

- En ce point comme en beaucoup d’autres, les enseignements bibliques demeurent pleins d’avenir.

Une NOUVEAUTÉ décidée par le CONCILE DE TRENTE:

le Décret TAMETSI précise qui est marié selon l'église romaine catholique

NOTE AU SUJET DU MARIAGE : aussitôt après avoir "invalidé" l'union d'un prêtre et d'une femme en disant qu'il ne s'agit pas d'un mariage, le même concile de Trente a pris une décision similaire au sujet de tous les mariages "clandestins" de baptisés. C'est ce que dit le décret "Tametsi du 11 novembre 1563 : "les mariages clandestins, qui se sont faits avec libre consentement des contractants, sont des mariages valides et véritables, tant que l'Eglise ne les a pas rendus invalides.....La sainte Eglise néanmoins, pour de très justes raisons, a toujours eu en horreur ces mariages et les a défendus. Mais le Saint Synode s'aperçoit que ces défenses ne servent plus à rien en raison de la désobéissance des hommes...

"C'est pourquoi, pour toutes ces raisons,.....le Concile ordonne ce qui suit: ( annonce publique des mariages à venir, échange public des consentements devant le curé et deux ou trois témoins ). ..."Quant à ceux qui entreprendront de contracter mariage autrement...le saint Concile les rend absolument inhabiles à contracter de la sorte et décrète que de tels contrats sont invalides et nuls, comme par le présent décret il les rend invalides et les annule" (Concile de Trente session XXIV, décret du 11 novembre 1563).

Nous reconnaissons exactement ici la "discipline" de l'Eglise catholique concernant la célébration du mariage que l'Eglise reconnaît à la fois valide et sacramentel. Il s'agit d'une décision, élaborée au fil du temps, prise pour des motifs précis, à un moment précis de l'histoire, pour sortir les mariages de la "clandestinité". Le Concile rappelle clairement que, de soi, le mariage valide est créé par l'engagement libre d'un homme et d'une femme. Mais le Concile ne voit pas d'autre moyen que leur "invalidation" ou "déclaration de nullité" pour mettre fin aux mauvaises habitudes des mariages célébrés entre deux personnes sans aucune manifestation extérieure devant la communauté humaine, laquelle était alors essentiellement la communauté ecclésiale.

Depuis plus de quatre siècles, cette décision est appliquée dans l'Eglise latine. Au point que l'opinion pense couramment que c'est le "passage à l'église" qui crée le mariage...

 

Un couple évangélisateur : Modèle pour hier et aujourd’hui

PRISCILLE & AQUILAS

“Une chose est certaine, c’est grâce à la foi et à l’engagement apostolique de fidèles laïcs, de familles, d’époux comme Priscille et Aquilas, que le christianisme est parvenu à notre génération .

Le christianisme ne pouvait pas grandir uniquement grâce aux Apôtres qui l’annonçaient. Pour qu’il puisse s’enraciner dans la terre du peuple, se développer de façon vivante, l’engagement de ces familles, de ces époux, de cette communauté chrétienne, et de fidèles laïcs qui ont offert l’humus à la croissance de la foi, était nécessaire.

Et c’est toujours et seulement ainsi que grandit l’Eglise.

En particulier, ce couple démontre combien l’action des époux chrétiens est importante. Lorsqu’ils sont soutenus par la foi et par une forte spiritualité, leur engagement courageux pour l’Eglise et dans l’Eglise devient naturel. Leur vie commune quotidienne se prolonge et en quelque sorte s’élève en assumant une responsabilité commune en faveur du Corps mystique du Christ, ne fût-ce qu’une petite partie de celui-ci.

Il en était ainsi dans la première génération et il en sera souvent ainsi.

Nous pouvons tirer une autre leçon importante de leur exemple: chaque maison peut se transformer en une petite Eglise. Non seulement dans le sens où le typique amour chrétien fait d’altruisme et d’attention récicporque doit y régner, mais plus encore dans le sens où toute la vie familiale sur la base de la foi est appelée à tourner autour de l’unique domination de Jésus-Christ....

(cf Ep 5, 25-33) Nous pourrions même considérer que l’Apôtre (Paul) façonne indirectement la vie de l’Eglise tout entière sur celle de la famille.

Et, en réalité, l’Eglise est la famille de Dieu...

Priscille et Aquilas (sont) le modèle de l’Eglise, famille de Dieu pour tous les temps

(Benoît XVI, catéchèse du 7 février 2007)

 

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Priscille et Aquilas (juifs de la disapora portant des noms latins) furent un couple apostolique de grande importance. Les Actes des Apôtres et la lettre de Paul aux Romains nous le révèlent (Act 18,2, 26; 16,19; Rom 16,23). Chrétiens de grande valeur, ils exercent leur métier de fabricants de tentes, à Rome. L’empereur Claude chassant les juifs résidant à Rome, ils s’exilent à Corinthe où ils rencontrent Paul, vivant du même travail professionnel mais surtout partageant une même vision de la foi chrétienne. Ils vont ensuite à Ephèse où ils retrouvent Paul; ils y forment Apollos, le juif chrétien d’Alexandrie. Ils reviennent ensuite à Rome.

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CHARLES de FOUCAULD disait déjà cela en 1908

Charles de Foucauld, à partir de 1908 et surtout de 1913, mentionna souvent Priscille et Aquilas comme modèles à suivre par les membres de l’association d’évangélisateurs qu’il voulait promouvoir largement en France après la guerre de 1914-1918.

Il estimait que l’évangélisation dans un monde indifférent ou spontanément opposé au catholicisme ne pouvait pas se faire selon l’apostolat par le culte (messes, baptêmes, sépultures, mariages) ou sous l’égide de paroisses. Son expérience en monde musulman l’en avait convaincu.

Il voulait donc que de nombreux chrétiens (hommes et femmes, ordonnés ou non, religieux ou non, mariés ou non) s’engagent à promouvoir l’évangile par le témoignage de leur vie et éventuellement par la parole, là où ils vivent ou travaillent. Charles de Foucauld dessinait les grandes lignes de leur spiritualité: amour personnel envers le Christ, “modèle unique”, méditation de l’évangile et de la Bible, prière longue si possible devant le tabernacle, et relations fraternelles de bonté envers tous. Il voyait en eux des milliers de Priscille et d’Aquilas, des “défricheurs” indispensables avant l’annonce publique de l’évangile dans un milieu qui en a une vision déformée.

Cette “Union des frères et soeurs de Jésus” , fondée par Charles de Fouucauld et dont Louis Massignon fut l’un des premiers membres, existe toujours. (Union, 127 rue Notre Dame des Champs, 75006 Paris). Elle correspond à un état d’esprit et son organisation est ultra légère puisque, selon Charles de Foucauld, il s’agit du contenu même du baptême chrétien.

 

Les mots du ministère

Un vieux malentendu à dissiper.

1. Les mots du SACERDOCE

- Le mot français “PRETRE” correspond à un mot précis dans toute la Bible: kohen (héb),iereus (grec) sacerdos(latin). Et exclusivement. Pour être prêtre, il faut être de la descendance de Lévi, et dans la descendance d’Aaron. Le prêtre exerce dans le temple, notamment en offrant (animaux ou fruits de la terre), en immolant et dépeçant les animaux destinés à être consumés, (holocaustes), en interprétant les règles du pur et de l’impur concernant le culte, en gérant les offrandes faites au temple.

Le “prêtre” est l’homme du “sacré” dont le mot comporte la même racine que prêtre: ieron, sacer, sacerdoce, sacerdotal, sanctuaire.

Jésus n’était pas “prêtre”, ni Pierre, ni aucun apôtre, ni Paul. On lit dans les actes des apôtres que des “prêtres” du temple de Jérusalem devinrent chrétiens. Jésus n’a pas créé des “prêtres” mais des “apôtres”.

Les “prêtres” disparurent à la fin du Ier siècle avec la destruction du temple de Jérusalem, en 70.

(La “lettre aux hébreux” est l’unique texte biblique à dire que Jésus fut “le grand prêtre par excellence” en offrant une seule fois le sacrifice de son existence livrée entre les mains des hommes qui le crucifièrent).

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2. Les mots du MINISTÈRE CHRÉTIEN

- Tous les textes conciliaires, sans aucune exception, (j’ai vérifié jusqu’au Concile de Latran I, en 1123, après la rupture Orient Occident) suivent le vocabulaire de la Bible. Pour parler des ministres de Jésus-Christ, ils n’emploient jamais les mots du “sacerdoce” de l’AT, mais exclusivement les mots latins et grecs: “presbyteri” ou “presbuteroi”: ANCIEN. (ZAQEN en hébreu: l'AT parle souvent des anciens, collaborateurs de Moïse au service du du Peuple de Dieu)

La racine de ces termes évoque l’âge, et la sagesse qui doit lui convenir. Un envoyé du Christ est un “ancien”, ou un “plus ancien” (presbuteros, en grec). Les mots français qui déclinent cette racine sont: presbytère (maison de l’ancien, du curé), presbytie, presbyte (atteint de presbytie), presbytéral, presbytérien. Jamais ne fut créé le mot “presbytre” qui aurait pu décalquer le latin ou le grec. Mais les théologiens précis emploient de plus en plus l’expression “ministère presbytéral” pour désigner la mission de l’Envoyé du Christ.

Dans le nouveau testament, Paul emploie deux mots de la racine “presbus” (ancien) pour parler de son ministère au nom du Christ: Ambassade , ambassadeurs.

 

Toujours selon le vocabulaire du Nouveau Testament, Jésus a choisi, appelé et envoyé en mission des Apôtres (grec) Missionnaires (latin), des Intendants chargés de veiller sur la maison de Dieu, des Serviteurs chargés de services, des Annonceurs de la Bonne Nouvelle évangélique, des Chargés de mission pour permettre au peuple de Dieu de “faire mémoire” du sacrement de la Nouvelle Alliance, l’Eucharistie, “en mémoire de Lui”. Le Christ ressuscité les a envoyés à toutes les Nations, pour “faire des disciples et leur apprendre à observer ses commandements”, avec pouvoir de “lier et délier”.

- Autre fait absolu: la racine “sacerdotal” ou “sacré” est utilisée par Pierre et par l’Apocalypse uniquement pour désigner le PEUPLE sacerdotal, le SACERDOCE saint, le royaume de “prêtres” (I P 2.5 ; 2.9 - Ap 1.6; 5.10;20.6).

 

Les mots sont têtus. Leur mauvaise traduction également.

Tant et si bien que les “ministres du Christ” sont devenus (et non pas seulement désignés comme ) des “prêtres”, chargés du “sacerdoce” et des “sacrements”. On les considère comme premiers responsables des “sanctuaires” et des réalités sacrées dans l’Eglise. Ici ou là fleurit même l’expression “personnes sacrées” pour les désigner. Les célébrations occupent l’essentiel de leur temps lorsqu’ils assurent un “ministère paroissial” comme mission principale. Et les “non-prêtres” ne peuvent exercer certaines de leurs fonctions baptismales que dans la mesure où ils en reçoivent délégation; ils sont en “stand by”, pourrait-on dire. Leur statut de “fidèles du Christ” est réduit au rôle de “laïc”, de "non-ordonné", de "non-consacré".

Nous sommes loin d’avoir retrouvé l'importance de tous les "fidèles du Christ"dans la mission de l’Eglise universelle, corps du Christ, selon les enseignements et convictions d’un Pierre ou d’un Paul rapportées par le Nouveau Testament.

Nous ne retrouverons le Souffle de la grande Tradition et de la Vocation baptismale qu'en replongeant, ensemble, dans la Source vivante du Christianisme, les Saintes Ecritures du N.T.

 

Textes conciliaires et mutations du vocabulaire catholique.

Intrigué par la mutation du vocabulaire catholique au sujet du ministère j’ai donc parcouru l’ensemble des textes conciliaires latins. De cette étude rapide, non exhaustive, mais significative, je rapporte quelques éléments dominants.

- Le mot latin “sacerdotes” , pour parler des “Presbytres-Anciens”, apparaît pour la première fois en 1311-1313, au Concile de Vienne, décret n° 8. Il y désigne “ceux qui ont reçu le sacerdoce”, et, un peu plus loin, la catégorie des “prêtres” et religieux.( détails pittoresques: c’est pour leur interdire certains costumes (redingote, vêtement rayé et ouvert, chaussures bariolées rouges ou vertes) ou certaines professions (charcutier, boucher, aubergiste, négoce, port des armes) (Albérigo: “Les conciles oecuméniques”, Tome 2, page 756)

- Le concile de Constance (1414-1418) emploie au moins 5 fois le mot “sacerdotes” pour désigner les “presbytres-Anciens”.

 

- Le Concile de Bâle-Ferrare-Florence-Rome (1431-1445) utilise le mot “prêtrise” (presbyteratus) dans sa session VI-XI (Alberigo p.1124)

 

- Rien de significatif dans Latran V (1512-1517), juste au moment où Luther commence à mettre en cause certaines expressions romaines.

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- C’est le concile de TRENTE (1545-1563) qui consacre une mutation significative du vocabulaire.

* Ce sont les “sacerdotes”(latin) qui célèbrent l’eucharistie, (Alberigo T.3, p 1420) donnent l’absolution sacramentelle (p.1438). L’emploi du mot latin “sacerdotes” devient courant. On trouve même une affirmation d’équivalence entre “sacerdotes” et “presbyteri” à la page 1450: “Si quelqu’un dit que les “presbytres” (presbyteros) de l’Eglise, que St Jacques recommande de faire venir pour oindre un malade, ne sont pas les “prêtres ordonnés (sacerdotes) par l’évêque”, mais les plus âgés dans toute communauté et que, pour cette raison, le ministre propre de l’extrême onction n’est pas le “prêtre” (sacerdotem) seul : qu’il soit anathème” (canon 4 sur l’extrême onction).

* Est également utilisée l’expression nouvelle: “ministère du sacerdoce” (ministerium sacerdotii) pour désigner ceux qui ont été élevés à “l’ordre de la prêtrise”(ad ordinem presbyteratus). Cette expression qualifie le degré inférieur du sacrement de l’ordre concernant le “presbytre” par rapport à l’évêque.(Alberigo p. 1510,1512,1522) Noter qu’apparaît au même moment la création des petits séminaires pour accueillir des enfants dès l’âge de 12 ans. (p.1525)

Le Concile de Trente a quasiment substitué le vocabulaire du “sacré”, du “sacerdotal” à celui du “ministère presbytéral”.

Il en sera ainsi pendant plusieurs siècles, jusqu’au XXè avec Vatican II

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- Le Concile VATICAN II (1963-1965)

A) revient au vocabulaire traditionnel et néotestamentaire dans son document du 7 décembre 1965 “presbyterorum ordinis” (L’ordre des Presbytres-Anciens).

* Il utilise essentiellement les mots de la racine “presbytérale” et non plus “sacerdotale”.

* il rappelle que le sacerdoce concerne le corps ecclésial tout entier

* et que les “Presbytres” accomplissent publiquement “la fonction sacerdotale”, à leur niveau. (p.2112 et suivantes).

B ) La Constitution sur l’Eglise, (Lumen gentium, du 21 novembre 1964), avait commencé ce retour aux sources de la révélation en présentant l’Eglise comme “peuple de Dieu”, à l’intérieur duquel le Concile situait les évêques (dont les “presbyteri” sont les premiers auxiliaires dit le n° 28), les laïcs et les religieux. Il rappelait l’appel universel à la sainteté, le caractère eschatologique de l’Eglise. Il présentait Marie comme modèle de l’Eglise.

Ce texte disait clairement:

- ”Les baptisés, par la régénération et l’onction du Saint Esprit, sont consacrés pour être une demeure spirituelle et un sacerdoce saint , pour offrir, par toutes les activités du chrétien, autant de sacrifices spirituels et proclamer les merveilles de celui qui des ténèbres les a appelés à son admirable lumière”-(n°10)

- “Le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel ou hiérarchique, bien qu’il y ait entre eux une différence essentielle et non seulement de degré, sont cependant ordonnés l’un à l’autre: l’un et l’autre, en effet, chacun selon son mode propre, participent de l’unique sacerdoce du Christ”. (n° 10)

- “Tout ce qui a été dit du peuple de Dieu concerne à titre égal laïcs, religieux et clercs...”(n°30)

- “Sous le nom de laïcs on entend ici l’ensemble des chrétiens qui ne sont pas membres de l’ordre sacré et de l’état religierux sanctionné dans l’Eglise, c’est-à- dire les chrétiens qui, étant incorporés au Christ par le baptême, intégrés au peuple de Dieu, faits participants à leur manière de la fonction sacerdotale, prophétique et royale du Christ, exercent pour leur part, dans l’Eglise et dans le monde, la mission qui est celle de tout le peuple chrétien”.(n° 31)

On aurait pu écrire

1) tout CHRÉTIEN, tout FIDÈLE du Christ, est membre du peuple de Dieu à part entière ( et c’est le sens originel du mot grec “laïcos”, membre du “laos” ou peuple de Dieu)

2) Certains fidèles cessent d’être canoniquement des “laïcs” lorsqu’ils sont ORDONNÉS ou font Profession dans l’état religieux reconnu dans l’Eglise. Ils demeurent des CHRÉTIENS et des FIDÈLES du Christ

“Avec vous, je suis CHRÉTIEN: pour vous je suis évêque” disait St Augustin.

C’était plus bref, plus simple et surtout plus mobilisateur.

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Malgré ces textes et de nombreuses études bibliques, le vocabulaire courant des catholiques continue à employer (réserver?) les mots du “sacerdoce” pour caractériser le statut particulier des “presbytres” et les distinguer des “laïcs” à tout propos.

Malgré le dernier Concile prolifère dans le langage courant catholique romain l’énumération hiérarchique: évêques, prêtres, religieux, religieuses, laïcs. Quand reviendra-t-on au langage de Pierre ou de Paul s'adressant d'abord et essentiellement aux "fidèles du Christ", aux "saints qui vivent à...", ou à "l'assemblée des saints qui résident à..."

Le mot “chrétien” est moins utilisé dans le langage catholique que “fidèle laïc” ou “ministre ordonné” ou “personne consacrée”. Le mot “vocation” concerne encore essentiellement la vocation "sacerdotale" ou la vocation à la vie "consacrée".

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Augustin a fort bien dit l’essentiel. Toutes les lettres des Apôtres s’adressent aux chrétiens de telle ou telle ville, aux disciples du Christ. Elles comportent un nombre réduit de lignes spécifiques concernant les “presbytres”, les ministres chargés d'un service “pastoral”. En les comparant avec nos textes contemporains, nous voyons bien la différence considérable d’accent. Qui doit changer de vocabulaire ou de théologie des ministères? L'Ecriture sainte ? Evidemment non! Alors, tournons notre langue sept fois dans la bouche avant de parler des ministères aujourd'hui.

Les interrogations incessantes concernant le ministère presbytéral dans l’Eglise et dans le Monde actuel feront renaître un intérêt pour une meilleure utilisation des mots bibliques.

La fidélité aux Paroles du Christ et des Apôtres ainsi qu’à la plus longue Tradition de l’Eglise permettra, et elle seule, de “refonder le ministère presbytéral” indispensable à toute communauté chrétienne. Et, j'en ai l'intime conviction, alors des hommes et des femmes répondront à l'Appel intérieur de l'Esprit, relayé par les Communautés chrétiennes et les Pasteurs, pour assurer les ministères et services dont le Monde et l'Eglise ont besoin. Je prie pour que nous retrouvions le bon sens du Ministère...

 

Jean Charles THOMAS

 

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