Page d'accueil

PLAN du site

GAZA
item7
item5a

Communiqué

Justice et Paix-France, la Mission de France, Pax Christi-France, Chrétiens de la Méditerranée et le Secours catholique condamnent fermement l’assaut mené par les troupes israéliennes contre la flotille qui tentait de rallier Gaza lundi 31 mai.

Elles expriment leur profonde indignation et leur vive inquiétude.

Leurs pensées vont d’abord aux nombreuses victimes qui sont à déplorer et à leurs familles.

L’armée israélienne, l’une des plus entraînée au monde, avait les moyens d’intervenir sans faire de victime comme elle l’a déjà fait ces derniers mois avec 5 autres bateaux.

En agissant dans les eaux internationales et en ouvrant le feu sur ce convoi humanitaire, elle bafoue les principes élémentaires du droit international et du droit humanitaire. Par cette opération, le gouvernement israélien prend le risque d’embraser un peu plus la région et de

bloquer toute chance, déjà fragile, de reprise des négociations de paix, de tels actes ne faisant qu’augmenter la haine.

Justice et Paix-France, la Mission de France, Pax Christi-France et Chrétiens de la Méditerranée appellent à la levée immédiate du blocus de Gaza qui enferme depuis 3 ans une population d’un million et demi d’habitants dans une prison à ciel ouvert et la condamne à la misère et au désespoir. Le besoin de sécurité du peuple israélien est légitime mais il est impossible de penser pouvoir régler un problème politique et assurer une sécurité en prenant en otage tout un peuple.

Elles appellent également les responsables de la communauté internationale, et notamment le président Sarkozy, les représentants de l’Union européenne et le président Obama, à agir fermement pour amener les protagonistes du conflit autour de la table des négociations et trouver enfin une solution politique durable qui permette aux peuples israéliens et palestiniens de vivre en paix et en sécurité.

Signataires :

Mgr Michel Dubost, président de Justice et Paix-France

Mgr Yves Patenôtre, évêque de la Mission de France

Mgr Marc Stenger, président de Pax Christi-France

M. J-Claude Petit, président de Chrétiens de la Méditerranée

M. François Soulage, président du Secours catholique

item5

De l’Église de Dieu qui est à Gaza

Aux “frères saints et fidèles dans le Christ”

Paix et bénédictions sur vous, alors que nous prions Dieu de soulager l’homme de sa colère et de répandre sur lui sa compassion et sa bonté.

 

Gaza souffrait avant la guerre, elle a souffert pendant la guerre et elle va continuer à souffrir après la guerre.

Des centaines de personnes ont été tuées et beaucoup plus ont été blessées dans l’invasion israélienne. Notre population a subi le bombardement de ses maisons, leurs cultures ont été anéanties, ils ont tout perdu et beaucoup d’entre eux sont maintenant sans abri. Nous avons subi des bombes au phosphore qui ont provoqué d’horribles brûlures, la plupart du temps à des civils. Comme les premiers chrétiens, notre peuple vit un temps de grande persécution, une persécution que nous devons garder le souvenir pour les générations futures comme une affirmation de sa foi, de son espérance et de son amour.

Beaucoup de familles ont fui vers les écoles des Nations Unies (UNRWA) où elles pensaient qu’elles seraient en sécurité. Mais avec 50 à 60 personnes entassées dans une seule pièce sans eau ni électricité, ni eau, ni couchage ou nourriture et sans un endroit pour se laver les conditions de vie sont effroyables.

 

Aucune aide d’urgence n’est encore arrivée à l’Église et, parce qu’ils sont trop effrayés pour sortir dans les rues, nos gens sont incapables de se rendre dans les magasins qui détiennent les denrées de secours de la Croix Rouge et de l’UNRWA. Nous avons confiance en Dieu mais nous demandons au monde entier et en particulier à l’Église de venir en aide à Gaza. Vos prières et votre bonté seront notre salut.

 La guerre a atteint tout le monde à Gaza. Une enseignante s’est réfugiée dans notre école avec son mari et quatre enfants. Il a été frappé par un éclat de bombe israélienne et sérieusement blessé aux jambes. Elle est désemparée et terrifiée et quand je me suis adressé à elle elle cherchait désespérément de l’eau propre pour préparer un biberon pour son bébé.

L’Église a perdu un catholique de 26 ans, Naseem Saba, qui a été tué lors d’un raid israélien le 7 janvier. La veille, des avions israéliens avaient détruit la maison familiale où il vivait avec ses trois oncles.

 

Autant que les destructions et les blessures physiques, le traumatisme psychique de nos gens est immense. Ils auront besoin d’aide et de soutien pendant les années qui viennent. Ils devront trouver des lieux de vie et nous aurons besoin de centres pour les blessés et les handicapés du fait des bombardements, des écoles spéciales pour les enfants traumatisés ou orphelins et tout un ensemble de moyens de rééducation.

L’eau propre est rare et nos deux écoles à Remal et Zaitoun fournissent la population locale en eau à partir d’un puits artésien que la générosité de donateurs australiens nous a permis de forer. Le groupe électrogène de l’école fournit de l’électricité à la boulangerie voisine parce qu’il n’y a pas eu de livraisons de pain depuis des semaines. Les gens disent : « Le prêtre s’est fait boulanger », et c’est vrai que nous sommes heureux de pouvoir le faire.

 

La guerre doit prendre fin maintenant. Le monde doit trouver une solution pour le peuple palestinien et ne pas simplement revenir à la solution d’avant qu’elle ne soit déclenchée. Les frontières avec Israël doivent être redessinées et l’occupation, qui a commencé il y a 60 ans, doit prendre fin.

La situation des réfugiés palestiniens doit trouver une solution incluant le droit au retour et Jérusalem Est doit devenir la capitale de l’État Palestinien. Nous devons abattre le Mur de l’Apartheid, ouvrir les passages de frontière, libérer les détenus palestiniens et supprimer les colonies israéliennes afin que la terre fasse retour à ses propriétaires palestiniens d’origine.

La paix n’est possible que si elle va de pair avec la justice. Si le monde restitue au peuple palestinien ses droits humains, il y aura sûrement la paix au Moyen Orient.

De la part de tout le peuple de Gaza nous vous remercions, amis de partout, pour vos prières constantes et particulièrement pour votre aide dont nous avons un besoin si pressant et dont nous espérons qu’elle nous parviendra bientôt. Nous remercions Sa Sainteté le pape Benoît XVI pour son insistance à appeler à la paix au Moyen Orient et pour son aide généreuse en faveur des pauvres de Gaza. Et nous remercions tous les évêques, prêtres, pasteurs, moines et moniales du monde entier de se souvenir de nous dans leurs prières.

De la part de chaque habitant de Gaza, nous prions avec vous pour dire au monde : “Á partir de maintenant, ne permet à personne de me faire du mal, car je porte sur mon corps les signes de Jésus. La grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit, frères, avec votre esprit, Amen.” (Galates 6, 17-18) Vôtre

Père Manuel Musallam

Curé de l’Église catholique à Gaza

Le 20 janvier 2009

Parlement Européen

Le Président de GUE/NGL

Francis WURTZ

RETOUR DE GAZA

Compte-rendu sommaire de mon séjour à Gaza les 22 et 23 janvier 2009

 

J’ai pu, grâce à une association avec laquelle je coopère de longue date (l’association des Villes jumelées avec des camps de réfugiés palestiniens), et grâce à diverses interventions diplomatiques, entrer dans Gaza, le jeudi 22 janvier dernier, après une attente de 24 heures à Rafah (frontière égyptienne).

Les interlocuteurs habituels de cette association -sans lien avec les autorités actuelles de la bande de Gaza- nous ont accompagnés à travers tout le territoire. Hormis des journalistes et les acteurs humanitaires, nous avons ainsi été parmi les tous premiers à découvrir “de visu” les horreurs de la guerre, du sud jusqu’au nord. Nous avons pu être au contact direct de la population, sur le terrain et chez les habitants, logeant dans des familles, partageant des collations avec des Palestiniens des camps de réfugiés les plus touchés, discutant de longues heures durant, dans l’obscurité d’une nuit sans électricité, avec des victimes qui ressentaient manifestement le besoin de se libérer en témoignant. Nos principales étapes furent Rafah, Khan Younès, la ville de Gaza, Zeitoun, Jabalyia, Al Attatra. C’est au nord et à l’est de Gaza - ville que l’on découvre les pires dévastations et que l’on recueille les témoignages les plus accablants pour l’armée israélienne. En y allant, on comprend pourquoi les journalistes avaient été tenus à l’écart de l’offensive militaire!

 

Mais les traces de la terreur infligée pendant 22 jours et nuits à la population de Gaza sont visibles dès la première localité au sud du territoire: Rafah, une agglomération de 180 000 habitants dont 85% sont des familles de réfugiés. Nul besoin de guide. Les gens vous hèlent. Ils ont besoin de montrer au monde les destructions subies, de raconter le calvaire enduré, d’exprimer - au demeurant avec beaucoup de retenue et de dignité - les souffrances durables. Une nuée d’enfants vous suit où que vous alliez. “What is your name? How are you?” lancent-ils en riant. Ils s’amusent, demandent qu’on les prenne en photo, mais quand on les interroge sur la guerre, un petit gamin lâche: “on tremblait!”

 

Au centre de Rafah, la foule est dense autour d’un petit marché - on nous dit que les produits qui y sont vendus à des prix prohibitifs ont été introduits en contrebande par les fameux tunnels… C’est la rançon du blocus. Autour de nous, des maisons en ruines, des toits arrachés, des familles entières assises dans leur ancienne maison éventrée. Ils nous racontent: une seule frappe de F16 a suffi pour provoquer toutes ces destructions - en tout 80 impacts! C’était la nuit du 31 décembre… On nous a dit, sans qu’il nous ait été possible de vérifier l’information, que la femme pilote de ce bombardier venait d’être condamnée en Israël à deux ans de prison pour avoir refusé de “finir le travail” par un second passage. Un vieil habitant nous fait visiter sa “maison” - un taudis à ciel ouvert depuis le bombardement. “Il n’y a jamais eu d’arme ici, Monsieur!” répète-t-il. “L’avion n’avait pas de cible. Il nous a tous bombardés!”. Malgré tout, le quartier grouille de monde. Chacun vaque à ses occupations quotidiennes. L’essence étant devenue inaccessible pour le plus grand nombre, la carriole tirée par un âne remplace souvent la camionnette. On se débrouille comme on peut. La vie est plus forte que les F16. Une discussion s’engage avec le leader du camp de réfugiés de Rafah. C’est un homme mesuré et courageux. Il a déjà passé cinq ans de sa vie dans les prisons israéliennes et une autre période en résidence surveillée. Membre du Fatah, il connait de nouvelles difficultés depuis la prise de pouvoir du Hamas. Mais aujourd’hui, il ne veut parler que de la guerre “qui frappe l’ensemble du peuple de Gaza”. Et pour lui, “Gaza, c’est l’âme de la cause palestinienne. Le revendication nationale est partie d’ici.”

 

Près de Khan Younès, nouvelle illustration de la punition collective indistinctement infligée à la population. Ici, un vignoble entièrement ravagé. Là, une … station d’épuration d’eau, servant tout le secteur, écrasée sous les obus des chars. Autour, toutes les maisons sont détruites, sauf un immeuble dont il ne reste que la carcasse. Nous y découvrons sur un mur un croquis sommaire des cibles voisines - dont la station d’épuration - annoté en hébreu… Sur place, toutes les personnes insistent: “il n’y a pas de combattants parmi nous. Pourquoi ils détruisent tout? Pourquoi ils tuent nos enfants?” L’exaspération est à son comble. En ville, nous nous arrêtons près d’une mosquée bondée: la prière du vendredi s’y est transformée en meeting politique contre …Mahmoud Abbas et “tous les baratineurs. La foi et la persévérance sont notre force - y entend- on. Avec l’aide de Dieu, nous irons jusqu’à la victoire.” A méditer par les partisans de la guerre pour “en finir avec le Hamas”

 

Nous arrivons dans la ville de Gaza. Arrêt à l’une des écoles de l’UNRWA, l’agence de l’ONU pour l’aide aux réfugiés palestiniens: gravement endommagée par les bombes. Des voisins nous montrent sur leur portable les images insoutenables du déluge de feu qui s’est abattu sur la ville! Autre cible “militaire”: le siège…du Croissant rouge palestinien attenant à l’hôpital Qods! Il n’en reste, là encore, qu’une carcasse calcinée: les bombes au phosphore ont fait leur œuvre. Un peu plus loin, un énorme stock de médicaments a été détruit par les bombes. Bombardé aussi l’immeuble du service d’Etat civil. Ailleurs, c’est une fabrique de limonade qui a été détruite: on en retirera 27 cadavres. Là, c’est un jardin d’enfants: détruit. Puis le parc Barcelona - construit par l’Espagne: détruit. Près de là, un immeuble de 11 étages: détruit. Un peu plus loin, … un cimetière: détruit!

 

Nous croyions avoir atteint les limites de l’horreur. C’était sans compter avec ce qui nous attendait à Zeitoun, à l’Est de la ville de Gaza. Devant nous, à perte de vue, un immense champ de ruines. Tout y est dévasté: maisons, fermes, usines. Il ne reste rien.

 

L’odeur y est, plus de deux semaines après le drame, insoutenable. Les témoignages recueillis sur place nous glacent d’effroi. La presse, entretemps, en a relaté la substance. C’est là que la famille Samouni a perdu 33 de ses membres, dans un immeuble où les soldats israéliens, abondamment présents sur place, les avaient parqués depuis plus d’une journée sans nourriture et sans eau!

 

Avant de les écraser sous les obus! Les récits des survivants vous laissent sans voix. Il s’agit de toute évidence d’un massacre délibéré de populations civiles. Avec, de surcroit, des actes d’une infinie cruauté. Les faits remontent au 5 janvier. Deux jours après, c’est à l’est de Jabalyia, à, Ezbet Abed Rabbo, qu’a été perpétré, selon les dires de témoins, un autre épouvantable crime de guerre. Entre 13 heures et 14 heures, nous précise Khaled, trois chars ont approché de sa maison. Un haut-parleur leur intime l’ordre de sortir. Toute la famille s’exécute en arborant un chiffon blanc. Devant eux, deux jeunes tankistes mangent nonchalamment des barres de chocolat et des chips, sans leur adresser la parole. Soudain, un troisième soldat sort du char, tire, tuant deux petites filles de la famille et blessant la troisième.

 

Pendant plus de deux heures, ils leur ont interdit de bouger avant de lancer au père des deux fillettes: “tu peux partir”! Après un silence, Khaled poursuit: un voisin tente d’aider les survivants en approchant son ambulance. Les soldats lui font quitter le véhicule avant d’écraser l’ambulance avec un char. (Chacun peut, en effet, voir ce qu’il en reste.) Un peu plus loin, un autre voisin leur vient en aide, avec sa carriole tirée par un âne. L’homme et l’animal sont, à leur tour, abattus, affirme Khaled en nous donnant le nom de cette personne. Ces allégations sont tellement graves qu’elles demandent naturellement à être vérifiées. La vision d’horreur à perte de vue accrédite en tout cas l’hypothèse d’un acharnement d’une violence et d’une cruauté à peine imaginables de la part de l’armée israélienne.

 

Nous arrivons à Jabalyia, grand centre urbain au nord. Le seul camp de réfugiés y compte plus de 100 000 habitants. C’est là qu’une (autre) école des Nations Unies a été bombardée: on retirera 47 corps des décombres. Le père de l’une des victimes, 24 ans, répète, désespéré: “on nous avait conduits ici pour être en sécurité. Nous n’avons plus d’endroit où nous mettre à l’abri.” C’est la répétition de ces bombardements prenant pour cible des sièges des Nations Unies qui a conduit le Secrétaire général de l’ONU à se rendre sur place, peu de temps avant notre arrivée, et à y tenir des propos légitimement durs.

 

Autre quartier, autre champ de ruines, nouveau témoignage accablant: “ils sont rentrés chez nous”, raconte d’une voix lasse et monocorde un vieux monsieur assis devant sa maison intacte. Il nous relate le drame vécu par sa famille: “ils les ont

 

plaqués contre le mur, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre. Ils ont emmené mon fils de 42 ans au premier étage et ont tiré. Puis, en redescendant, ils ont dit à mon autre fils: “ton frère est mort. Tu peux appeler des secours.” Mais quand il est sorti en levant les bras, ils lui ont coupé les doigts d’une rafale. Puis ils sont restés, empêchant l’ambulance d’approcher. Ils ont tiré aussi sur une voiture de l’UNRWA (ONU) venu pour aider ma famille, car mon fils y était employé depuis 20 ans. Un député arabe de la Knesset a pu être joint. Il a contacté Ehud Barak, le ministre de la défense, pour qu’il intervienne. Celui-ci a refusé, soulignant que “là où l’armée est présente, c’est elle qui décide”. Quand ma famille a enfin pu voir mon fils, on s’est rendu compte qu’il n’était pas mort sur le coup. Ils l’ont laissé agoniser et perdre son sang! Il laisse huit orphelins. Cinq d’entre eux étaient présents quand ils ont tiré.” Le vieil homme, prostré, s’est arrêté de parler.

 

Les témoignages sont également bouleversants dans un gymnase, une bibliothèque et une salle des fêtes du camp de réfugiés de la ville, transformés en centre d’hébergement pour 575 sinistrés du quartier, dont la plupart sont des femmes et des enfants. Les locaux sont bien entretenus mais la promiscuité y est insupportable. “Nous avons tout perdu” revient comme un leitmotiv.

 

Une dame remercie une ONG d’avoir livré deux lits de camp. Une autre réclame “une vraie solution: pouvoir vivre en famille et que les enfants puissent aller à l’école.” Quand nous nous retirons, une voix nous lance: “Ne nous oubliez pas! On compte sur vous! Dites-leur!” Nous ne les avons pas oubliés.

 

Le soir, nous nous retrouvons dans la cour d’un immeuble du camp de réfugiés. Les voisins affluent. Surtout des jeunes. Nous sommes vite une quarantaine, assis autour d’une simple lampe-torche. Pas d’électricité ni de gaz. On répare. Quelqu’un est allé chercher le gynécologue dont les cris de douleur en direct à la télévision israélienne ont fait le tour du monde. C’est un voisin. Il était ce matin sur la tombe de ses deux petites filles tuées par une bombe alors qu’il répondait par téléphone à un journaliste israélien. Nous ne le verrons pas ce soir. Il est à Tel Aviv où il a repris son travail au grand hôpital…

 

On nous sert thé et café, puis la parole se libère… Vous imaginez. Vers minuit, une heure, nous prenons congé, en promettant de révéler ce que nous avons vu et entendu et d’agir en conséquence: pour l’aide d’urgence, la levée du blocus et l’ouverture des accès à Gaza; pour l’envoi d’une force internationale de protection des populations; pour la mise sur pied d’une commission d’enquête internationale afin que toute la vérité soit établie et tous les responsables punis; pour une politique beaucoup plus offensive de l’Union européenne en faveur d’une paix juste et durable au Proche Orient ..

 

Cela suppose avant tout plus de courage et d’indépendance politique, pour ne pas laisser passer des opportunités historiques comme l’Initiative de paix arabe de 2002 et 2005 - qui permettait la normalisation des relations de tout le monde arabe avec Israël en contrepartie du retour aux frontières de 1967! - ou le gouvernement d’unité nationale palestinien de 2007 constitué sur les mêmes bases entre Mahmoud Abbas et le Hamas. Cela suppose plus généralement une relation avec Israël reposant, non plus sur la complaisance et l’impunité, mais sur le strict respect du droit international et des résolutions pertinentes des Nations Unies.

 

Vérité, justice, paix… Après tout, nous ne demandons qu’à voir traduites en actes les “valeurs européennes”…

 

Bruxelles, le 27 janvier 2009

GAZA 2014

 

GAZA 2014

Commission Justice et Paix de Terre Sainte 8 juillet 2014

« À Rama une voix se fait entendre, une plainte amère ; c’est Rachel qui pleure ses fils. Elle ne veut pas être consolée pour ses fils, car ils ne sont plus. » (Jérémie 31 : 15). 

Une réalité de violence et de deuil

Israël et la Palestine se font l’écho du cri des mères et des pères, des frères et des sœurs, des proches des jeunes qui ont été victimes de la dernière vague de violence qui sévit dans la région. Nous connaissons les visages de certains d’eux car les médias nous ont détaillé leur vie, ont interviewé leurs parents, leur ont donné vie dans notre imagination, tandis que d’autres – bien plus nombreux – sont restés de simples statistiques, anonymes et sans visage. La sélectivité de la couverture médiatique, du deuil et de la mémoire fait partie intégrante de ce cycle de violence.

Nous exprimons nos plus sincères condoléances à tous ceux qui sont en deuil, Israéliens et Palestiniens.

Nous devons continuer à prier pour que ceux qui sont tombés récemment soient les derniers à mourir de mort violente dans cette escalade de haine et de vengeance.

 

Un langage qui engendre la violence

« La langue est un membre minuscule et elle peut se glorifier de grandes choses ! Voyez quel petit feu embrase une immense forêt : la langue aussi est un feu. C’est le monde du mal, cette langue placée parmi nos membres : elle souille tout le corps ; elle enflamme le cycle de la création, enflammée qu’elle est par la Géhenne (….) Par elle nous bénissons le Seigneur et père, et par elle nous maudissons les hommes faits à l’image de Dieu » (Jacques 3:5-6. 9).

 Nos espoirs de voir se terminer ce cycle de violence sont minés par l’utilisation d’un langage irresponsable de punition collective et de vengeance, langage qui engendre la violence et étouffe l’émergence de toute alternative. Beaucoup de ceux qui sont au pouvoir et exercent des responsabilités politiques restent retranchés dans leurs positions, et refusent non seulement d’entrer dans un réel et significatif processus de dialogue, mais jettent également de l'huile sur le feu par des propos et des actes qui alimentent le conflit.

Le langage violent de la rue en Israël qui appelle à la vengeance est alimenté par les expressions des dirigeants qui continuent à tenir un discours discriminatoire, prônant l’exclusivité des droits pour un seul groupe, et promouvant l’occupation avec toutes les conséquences désastreuses qui y sont liées. Des colonies sont construites, des terres confisquées, des familles séparées, des proches sont arrêtés et même assassinés. Ces dirigeants, responsables de l’occupation, semblent croire que l'occupation peut réussir à écraser les aspirations d’un peuple à la liberté et la dignité. Ils semblent croire que leur détermination finira par faire taire l'opposition et transformera le mal en bien.

Le langage violent de la rue palestinienne qui appelle à la vengeance est alimenté par les expressions de ceux qui ont perdu tout espoir de parvenir par la négociation à une solution juste au conflit. Ceux qui cherchent à construire une société monolithique totalitaire, ne laissant aucune place à la différence ou la diversité, gagnent leur soutien populaire en exploitant cette situation de désespoir. À eux aussi nous le disons : la violence comme réponse à la violence ne peut engendrer que plus de violence.

 

Sortir du cycle de la violence

À l’occasion de la prière pour la paix en Israël et en Palestine, qui s’est tenue le 8 Juin 2014 au Vatican, le pape François a déclaré:

« Pour faire la paix, il faut du courage, bien plus que pour faire la guerre. Il faut du courage pour dire oui à la rencontre et non à l’affrontement ; oui au dialogue et non à la violence ; oui à la négociation et non aux hostilités ; oui au respect des accords et non aux provocations ; oui à la sincérité et non à la duplicité. Pour tout cela, il faut du courage, une grande force d’âme »

Nous devons reconnaître que l’enlèvement et le meurtre de sang-froid de trois jeunes Israéliens et qu’en représailles le meurtre brutal de jeunes Palestiniens sont les fruits de l'injustice et de la haine instillées par l'occupation dans les cœurs de ceux qui ont commis ces actes. Ces morts ne sont en aucune façon justifiables, et nous nous joignons à ceux qui pleurent la perte de ces jeunes gens. Utiliser la mort de trois Israéliens pour infliger une punition collective au peuple palestinien, pour nier son aspiration légitime à la liberté, est une instrumentalisation tragique de ce drame, et ne fait que promouvoir plus de violence et de haine.

En parallèle, nous devons reconnaître que la résistance à l’occupation ne peut pas être assimilée au terrorisme. La résistance face à l'occupation est un droit légitime, le terrorisme une partie du problème.

Encore une fois, nous disons à tous et à toutes: la violence comme une réponse à la violence ne peut engendrer que plus de violence.

La situation actuelle à Gaza est l’illustration d’un cycle de violence qui n’en finit pas, en l’absence de vision d’un autre futur possible. Sortir du cycle de la violence est le devoir de tous, oppresseurs et opprimés, victimes et agresseurs. Pour s’engager sur cette voie, nous devons tous reconnaître dans l'autre un frère ou une sœur, à aimer et à chérir, et non pas un ennemi à haïr et à éliminer.

 

Nécessité d’un changement radical

Nous avons besoin d’un changement radical. Les Israéliens comme les Palestiniens doivent se débarrasser d’attitudes stériles de méfiance mutuelle et de haine. Nous sommes appelés à éduquer la jeune génération dans un esprit nouveau qui remette en question les mentalités actuelles qui acceptent l’oppression et la discrimination. Nous devons nous débarrasser de dirigeants qui nourrissent ce cycle de violence. Nous devons trouver et soutenir des dirigeants déterminés à œuvrer pour la justice et la paix, reconnaissant que Dieu a planté ici trois religions: le judaïsme, le christianisme et l'islam, et deux peuples: Palestinien et Israélien. Nous devons trouver des dirigeants suffisamment lucides et courageux pour faire face à l'urgence de la situation actuelle et prendre les décisions difficiles qui sont nécessaires, des dirigeants prêts, le cas échéant, à sacrifier leur carrière politique pour le bien d'une paix juste et durable. Ces dirigeants ont vocation à être des guérisseurs, des artisans de paix, qui cherchent la justice et proposent des solutions alternatives à la violence.

 

Nous nous souvenons de la récente visite du Pape François dans notre région et de son incessant appel à la justice et à la paix. Lors de sa rencontre avec les dirigeants palestiniens, il a déclaré: « En manifestant ma proximité avec tous ceux qui souffrent le plus des conséquences de ce conflit, je voudrais dire du plus profond de mon cœur qu’il est temps de mettre fin à cette situation, qui devient de plus en plus inacceptable. Pour le bien de tous il est nécessaire que redoublent les efforts et les initiatives destinés à créer les conditions d’une paix stable, basée sur la justice, sur la reconnaissance des droits de chacun et sur la sécurité réciproque. Le temps est venu pour chacun de trouver le courage d’être généreux et créatif au service du bien commun» (le 25 mai 2014).

De même, lors de sa rencontre avec les dirigeants israéliens, il a dit: «Je renouvelle ici mon appel à toutes les parties pour qu’elles évitent les initiatives et les actions qui contredisent leur volonté affichée de parvenir à un véritable accord et qu’elles travaillent sans relâche pour la paix, avec détermination et ténacité. Il y a également besoin que soit fermement rejeté tout ce qui s'oppose à la culture de paix et de relations respectueuses entre juifs, chrétiens et musulmans » (le 26 mai 2014). 

 

Le rôle des responsables religieux

Notre rôle, en tant que responsables religieux, est de parler un langage prophétique qui révèle les alternatives qui s’ouvrent au-delà du cycle de la haine et de la violence. Ce langage refuse d’attribuer le statut d'ennemi à l'un des enfants de Dieu; c'est un langage qui ouvre la possibilité de voir chacun comme un frère ou une sœur.

Le pape François, en invoquant la paix, a clamé: "Nous avons entendu un appel, et nous devons y répondre. C’est l’appel à briser la spirale de la haine et de la violence, et à la briser d’un seul mot: le mot de «frère». Mais pour être en mesure de prononcer ce mot, nous devons lever les yeux au ciel et nous reconnaître mutuellement comme les enfants d'un même Père « .

Les chefs religieux sont invités à utiliser ce langage de façon responsable pour qu’il devienne un outil de transformation du monde et fasse d’un désert d’obscurité et de mort un jardin florissant de vie.

"Heureux les affamés et assoiffés de justice, car ils seront rassasiés.

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.

Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu « 

(Matthieu 5:6-9).

(Traduction libre du Secours Catholique-Caritas France) Jérusalem le 8 Juillet 2014 Commission Justice et Paix de l’Assemblée des Ordinaires Catholiques de Terre Sainte

Soutenue par CCAO (Coordinating Catholic Aid Organizations) Secours Catholique-Caritas France Justice et Paix-France CCFD-Terre Solidaire

Instruisez-vous en lisant la charte du HAMAS de Gaza sur internet 

http://www.memri.fr/2014/07/30/la-charte-du-mouvement-de-resistance-islamique-hamas/

 Texte de la charte du Hamas de Gaza sur ce site de " MEMRI"

Voir aussi sur ce site la page ALEP IRAK

 

Retour à la page d'accueilde ce site SOLEIL VIE