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Après la "levée des excommunications" ayant frappé les évêques ordonnés par Mgr Lefebvre, le Pape Benoît XVI a envoyé une lettre à tous les évêques de l'Eglise catholique romaine.

Lettre d'une tonalité nouvelle, destinée à apaiser les critiques largement formulées contre le Vatican et contre le Pape.

Qu'en est-il advenu ? Que pourrions-nous en attendre encore ?

En cette fin d'année 2009, les questions restent ouvertes. Beaucoup reste à réviser ou réformer.

Voici ce que j'écrivais aux évêques émérites de France au mois de mai 2009

Jean Charles Thomas, ancien évêque de Versailles et de Corse

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J’ai apprécié plusieurs passages de la lettre envoyée le 10 mars 2009 par Benoît XVI à ses « confrères évêques ». L’appellation rappelle les Actes des Apôtres où Pierre agit, parle et décide toujours avec les autres Apôtres et souvent au milieu de l’assemblée des disciples.

Ceci laisse espérer un passage de la parole aux actes.

 

1) Nous devons largement progresser dans la collégialité effectivement vécue entre le Pape et les évêques, entre le Pape et ses dicastères, entre les organismes romains et l’ensemble des évêques. La vraie Tradition de l’Eglise impose un discernement sur la centralisation romaine des décisions majeures. Les moyens actuels de communication permettent des consultations et dialogues avant certaines déclarations ou décisions.

Depuis Vatican II, sur quels sujets les évêques du monde entier ont-ils été interrogés  par le Pape ou les Dicastères romains? Sur la possibilité d’ordonner au ministère presbytéral des hommes mariés ? Sur le rôle et la place des femmes dans l’action pastorale ? Sur les grandes questions posées par la bioéthique, sur les relations homme-femme à l’intérieur du couple, sur la situation des personnes divorcées et remariées face à la communion eucharistique ou à la réconciliation sacramentelle ? et sur bien d’autres questions abordées par les synodes diocésains ou les conférences épiscopales ?

 

2) « Conduire les hommes vers Dieu, vers le Père qui parle dans la Bible : c’est la priorité suprême et fondamentale de l’Eglise et du successeur de Pierre aujourd’hui …Rendre Dieu présent dans ce monde et ouvrir aux hommes l’accès à Dieu. Non pas un Dieu quelconque, mais à ce Dieu qui a parlé sur le Sinaï ; à ce Dieu dont nous reconnaissons le visage dans l’amour poussé jusqu’au bout (cf Jn 13,1) en Jésus-Christ crucifié et ressuscité », écrit Benoît XVI.

Là est bien l’essentiel. Toutes les déclarations, prédications, prescriptions ecclésiales doivent donc être plus clairement fondées sur la Révélation judéo-chrétienne. St Paul écrivant aux Corinthiens distinguait « ce qui est un ordre du Seigneur » et ce qui correspondait à  son avis personnel  (notamment I Cor 7 et 8 et 9). Puisque les Medias transmettent tout sur le même plan, ou déforment à force de résumer, il est indispensable de distinguer ce que nous prêchons au nom de la Foi et ce que nous donnons comme conseils, avis, ou préférences (par exemple en matière éthique, économique, ou sur les crises bancaires, ou sur l’efficacité du préservatif…). Cette prudence doit particulièrement marquer les paroles du Pape puisque tant et tant de catholiques les reçoivent (à tort) comme proches de l’infaillibilité.

 

3) « Que tous ceux qui croient en Dieu recherchent ensemble la paix, tentent de se rapprocher les uns des autres…vers la source de la Lumière »- « Se consacrer avec amour à ceux qui souffrent, repousser la haine et l’inimitié ». «  D’où découle…avoir à cœur l’unité des croyants », poursuit Benoît XVI.

Jésus se montre plus exigeant dans sa prière pour l’ensemble de ses disciples : leur unité est indispensable pour que les humains puissent accéder à la Foi ou lui accordent crédit (cf Jn 17, 20-23). Nos divisions, nos différences séparatrices sont une grande cause de non-foi ou d’opposition à la foi chrétienne. L’heure est venue de marcher plus radicalement vers l’unité des chrétiens, d’abolir ce qui la freine dans les traditions auxquelles nous restons abusivement attachés. Toutes les autorités chrétiennes ont le devoir impérieux de désapprouver ceux qui fomentent les querelles, qui méprisent les autres, qui constituent des groupes farouches, violents, persécuteurs. Ces comportements s’opposent de façon frontale à l’enseignement et à l’exemple de Jésus.

 

4) « Si donc l’engagement ardu pour la foi, pour l’espérance et pour l’amour…constitue la vraie priorité pour l’Eglise, alors les réconciliations petites et grandes en font aussi partie »…. « le fait de s’engager à réduire les durcissements et les rétrécissements, pour donner ainsi place à ce qu’il y a de positif et de récupérable pour l’ensemble peut-il être erroné ? » écrit Benoît XVI.

J’ai apprécié cette manière de justifier la levée des excommunications. Non sans observer que la générosité pontificale, pour l’instant, a été réservée au bénéfice des mêmes, depuis l’élargissement du rite extraordinaire de l’eucharistie et la création de l’institut du bon pasteur à Bordeaux. Aurons-nous prochainement d’autres levées de sanctions ? Redonnant à Jacques Gaillot le statut de membre de l’épiscopat français? Levée de sanctions contre certains théologiens, contre les chrétiens francs-maçons ? Le Pape ira-t-il jusqu’à une générosité plus évangélique que certains textes de la Congrégation pour la doctrine de la foi des dernières décennies ?

Beaucoup reste à faire pour donner toute leur justesse aux paroles du Christ justifiant sa venue dans notre humanité: « Je ne suis pas venu pour juger le monde, mais pour le sauver » (Jn12,47) « Dieu a tellement aimé le monde qu’Il a donné Le Fils unique pour que quiconque croit en Lui ne soit pas perdu mais qu’il ait la Vie éternelle » (Jn 3,16-17). « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » (Jn 8)

 

5) Parmi les points indispensables à perfectionner demeure le rapport de l’autorité pontificale ou des autorités romaines à l’Autorité de la Révélation.

Le groupe des Dombes a fort justement écrit à ce propos. L’heure est venue de passer aux applications.

  Ceci permettrait de mieux situer les “commandements de Dieu” par rapport aux “commandements de l’Eglise” eux-mêmes hiérarchisés avec les prescriptions, ordonnances, ou déclarations...Quand nous ne le faisons pas, beaucoup de catholiques le font eux-mêmes, chacun pour son compte. Le document des Evêques de France sur la bioéthique me semble exemplaire à ce propos: il fait participer les catholiques, il n’édicte pas des règles qu’il imposerait à tous, notamment à ceux qui ne reconnaissent pas l’autorité des églises. Rome pourrait imiter cette façon de se situer dans un monde aux multiples options, en cessant de privilégier son style normatif et légaliste, dans lequel la Personne Humaine, icône de Dieu avec sa conscience, n’occupe pas la première place que lui donne la Tradition révélée.

 

6) Quelques mots sur la Gouvernance romaine.
    Multiplicité des niveaux de gouvernement: Le Pontife suprême, le Pape, l’Etat du Vatican et ses représentants, la Secrétairerie d’Etat, les ambassadeurs-nonces, les Cardinaux Préfets, le Saint Siège, etc.
    Il en découle un grand flou dans l’opinion mondiale (dans la levée des excommunications les multiples déclarations romaines furent toutes attribuées à Benoît XVI qui n’a rien écrit d’autre que sa lettre aux Evêques. L’absence de concertation romaine fut soulignée. Il en a découlé un discrédit de la parole pontificale.

Nous n’avons pas fini d’espérer.
     Jean Charles THOMAS
     émérite de 80 ans, 37 années d’épiscopat.

Rêve du 1er mai 2012

Le 1er mai j’ai fêté dans une solitude librement choisie le quarantième anniversaire de mon ordination épiscopale, passant une bonne partie de la journée à rendre grâces.

Et la nuit suivante je faisais un rêve… Un pape (lequel ? Quand ? je ne sais) décidait de nommer « Congrégation romaine pour la Révélation chrétienne » l’ancienne Congrégation pour la doctrine de la foi, qui avait succédé au Saint Office lui-même ayant remplacé « la sainte inquisition ». Il lui confiait la fonction primordiale de veiller à ce que toute doctrine ou décision soit examinée, jugée, retenue ou rejetée selon la fidélité de son rapport avec la Révélation chrétienne essentiellement exprimée dans la Bible. L’intention du Pape fut clairement perçue : l’annonce de la Bonne Nouvelle devait reprendre la première place dans le Message, la Mission et l’organisation de l’Eglise catholique.

Il s’en suivit une grande ferveur chez les chrétiens pour lire et méditer les Saintes Ecritures. Dans tous les Continents les groupes de « lectio divina » se multipliaient. Les dialogues sur le sens de la Vie gagnaient internet. Pasteurs, théologiens et philosophes s’associaient pour faire resplendir les harmonies de la Sagesse révélée. Un Souffle de printemps, offert à tous les humains, faisait jaillir des initiatives pour éclairer, réconforter, guérir et faire communier les frères et sœurs de toutes les Eglises chrétiennes, libérés de leurs différences séparatrices. Ensemble, ils dialoguaient avec les croyants monothéistes du monde, en priorité avec leurs « frères Juifs, ainés dans la foi».

Observant ce nouveau Souffle dynamisant les chrétiens, des Multitudes recommençaient à s’intéresser aux valeurs spirituelles, à l’humanisation de l’Humanité et de ses institutions sociales, politiques, économiques, intergénérationnelles, familiales et mondiales. Ces multitudes, lassées des conflits engendrés par des gens prétendument croyants qui imposaient leurs intégrismes, recommençaient à écouter le murmure des invitations à la Paix, aux réconciliations et aux pardons prononcées par Jésus de Nazareth, qui avaient trouvé un large écho dans les siècles passés et sous toutes les latitudes.

Convaincu par les miracles engendrés par la Parole de Dieu, reconnue comme la Source de Lumière, le Pape (lequel ? quand ? je ne sais) se comportait en « serviteur des serviteurs de Dieu ». Il revendiquait, comme Simon Pierre, d’être considéré comme « co-Ancien, sunpresbuteros», l’un des Douze, chargé de « présider à la communion ». Ses Dicastères étaient pressés d’assurer prioritairement un ministère de service et non pas d’autorité suprême. Il profitait d’internet pour questionner périodiquement tous les évêques du monde sur les façons meilleures de vivre la collégialité, de répondre aux questions que ses prédécesseurs s’étaient récemment réservées, notamment sur certains éléments de la vie des couples, sur la place des femmes dans les responsabilités et les ministères, sur le rôle des « Anciens » dans l’évangélisation et les communautés chrétiennes, sur la place décisive de la conscience dans le jugement moral, sur le juste rapport entre le magistère et le sensus fidelium et sur les problèmes nouveaux posés par les évolutions du Monde...

Il demanda même de revenir au vocabulaire respecté par la Tradition des dix premiers siècles, en évitant d’appeler « prêtres », ceux que le Christ n’avait jamais appelés ainsi, les ayant toujours considérés comme ses Envoyés : des Missionnaires ou Apôtres choisis parmi les Disciples, ayant entre autres la possibilité de vivre en couple selon la pensée du Créateur exprimée en tête de la Bible. Par voie de conséquence, la vocation chrétienne et la mission de tous les fidèles du Christ furent présentées de façon plus conforme aux lettres de Paul, de Pierre, de Jacques, de Jean, aux Actes des Apôtres.

On remit en honneur des textes quelque peu perdus de vue : ils avaient été rédigés par un Concile tenu dans les années 1962-1965. Leur redécouverte suscita une plus juste conformité des multiples habitudes, traditions, interprétations et prescriptions imposées dans l’Eglise romaine au gré de l’histoire - avec la grande Tradition Révélée.

Un jour (quand ? je ne sais) ce Pape providentiel interdit les appellations de Très Saint Père, de Souverain Pontife, en expliquant qu’elles devaient être réservées à Dieu. Il lança une réflexion pour savoir s’il était judicieux de mieux distinguer la Mission d’Evêque de Rome, « primus inter pares », de la fonction de Chef de l’Etat du Vatican, cette dernière créant souvent des confusions lorsque le Pape se déplaçait hors du Vatican pour visiter pastoralement et encourager des fidèles du Christ.

Il revint à l’antique Tradition en ce qui concerne la nomination des évêques, constatant que la centralisation en ce domaine était devenue ingérable, malgré la présence des Nonces qui s’employaient à trouver de nouveaux évêques tout en assurant leurs fonctions officielles de Diplomates de l’Etat du Vatican…

L’aube naissante interrompit ce rêve.

Je me réveillai.

Dehors, il pleuvait. Le temps était maussade.

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